Fable philosophique, une brûlante remise en cause spirituelle et politique
des bases et des valeurs sociales et existentielles.

Jusqu’au jour où 2016
Extraits
 

1. 

Elle avait vécu les danses cellulaires
qui valent bien celles des planètes,
la vie amniotique toute de sons
et de vibrations, rêve d'un ultra-poète
Le moindre de ses mouvements
émanait dans l'obscurité d'une vie solaire
Les dessins qu'elle traçait enfant
portaient le témoignage brut des gamètes
Racontaient-ils son accouchement horizontal
première entorse aux forces vives du monde ?

Elle aimait les animaux
On lui fit manger jusqu'au trouble
chaque jour leur chair hachée
Son amour se déchira dans la viande
sous ce nom on faisait grand cas d'eux
Elle aimait les plantes
on se garda d'enseigner leurs pouvoirs
qui auraient certes ruiné la pharmacopée
Ne devaient rester que les belles et les empoisonnées
On lui apprit à juger bon ou mauvais le temps
à pester et à se cacher de la pluie
Elle regarda pour la première fois le ciel avec crainte et dégoût
quand on ensemença les nuages, non de prières 
mais avec de chimiques produits
Elle redoutait les eaux et la terre polluées
se sachant eau, se sachant terre, au fond


Elle aimait encore courir sur les chemins et se coucher à terre
On mit entre elle et sa génitrice tout ce qu'on trouva
bitume, semelles, chaussettes et parfois plusieurs étages
On lui apprit à s'asseoir beaucoup sans bien toucher le sol
jambes et bras croisés à l'étroit, à l'arrêt
De cette façon l'énergie se concentrait dans le haut de son corps
Dans les dortoirs et dans son lit,
on la voyait agitée en haut et inerte en bas
Yeux et têtes chargés ne goûtaient plus le doux sommeil
Après tout un cursus, elle n'eut plus d'effort à fournir
pour stocker sans y penser l'énergie dans sa tête grossie
Les beaux corps dansants furent changées en rats de bibliothèque
Cette transformation prend des années à maîtriser

On lui retira bien sûr ses dents de sagesse
dont les ramifications vers le ciel dérangeaient
On minimisa au maximum les concepts d'âme et d'énergie
Elle y perdit son nom, et la prière, et son rapport à l'impalpable
Quand elle fut bien coupée du vivant
on l'assura qu'elle était reliée.
Miracle ou mirage technologique,
on interposa des écrans devant ses yeux
et des baffles (certes mini) contre ses oreilles
On utilisa son désir d'enfanter
non pour encourager ses capacités
mais pour populariser la fécondation artificielle
et assurer l'avenir, sinon de l'espèce... celui de ses sorciers !


Couper en grec se dit schizo
les sociétés enfantent de leur contraire
Ladite individualiste constituée d'indivisibles
devint schizophrénique... visiblement
Il fallut enfermer un certain nombre d'humains
pour dire que le danger était sous contrôle
les avions continuèrent d'ensemencer les nuages
mais ce n'était pas de l'amour...
Car le contrôle remplaçait avidement la conscience.
O âme, quelle dose d'oubli as-tu assumé
pour descendre ici-bas ?
Quelle dose d'oubli t'a-t-il été infligé
alors que tu dévalais les pentes de l'existence ?


Rappelle toi, rappelle toi à moi, rappelle moi 
pendant que je te reconnais


Que fait la vie, lorsqu'on la regarde ? 
Elle voltige, elle se balance et frémit
Elle reçoit et s'active presque muette, recueillie
poussant parfois un cri, elle nourrit et se nourrit,
s'essaye, peine, s'amuse et rit, 
n'allons surtout pas nous en écarter !

 

2. POROSITE

Tous ceux que vous appelez bipolaires, schizophrènes 
se pourrait-il que leurs sens les informent d'une réalité 
autre que celle à laquelle nous nous sommes accoutumé ? 
Autre que celle dont nous nous étions conforté ?

 

Quand la réalité s'ouvre bien au delà 
que ce qu'envisageait notre culture, 
comment ne seraient-ils pas profondément déstabilisés 
par ce qu'ils perçoivent, qui déconcerte leur propre compréhension 
et qu'une vision étriquée et  normative du monde institué rejette et n'admet pas ? 
Sans la protection de cadres, leur éponge baigne 
dans le grand évier des villes
où nous nous défaussons tous 
de nos peurs et mal-êtres

Quand deviendra-t-il clair 
que nous fonctionnons comme des antennes, 
comme des canaux avec une certaine porosité, 
dont il ne faut pas s'alarmer, qui fait notre sensibilité ? 
Quand percevrons nous que nos pensées, nos mots, nos actes 
créent un certain champ électromagnétique que l'autre capte ? 
Quand arrêterons nous de faire de la sensibilité une faiblesse coupable 
et de donner des médicaments aux hypersensibles ? 
Sociétés hyposensibles, le problème n'est pas la sensibilité 
mais ce à quoi nous l'exposons C'est le système qui est inadapté 
à notre cœur et à nos facultés humaines.